Jean des Cars : la passion des sceptres et des couronnes

Journaliste féru d’histoire, Jean des Cars vient d’offrir à la splendide collection des « Dictionnaires amoureux » des Éditions Plon-Perrin un volume consacré aux monarchies. Pour son goût de l’anecdote surprenante et sa belle écriture, l’ouvrage, sorti en novembre 2019, ne s’adresse pas seulement aux convaincus : il peut aussi titiller la curiosité des allergiques à l’idée monarchique.

Dictionnaire-amoureux-des-monarchies-DESCARSLa royauté sous tous ses aspects. Les pages du très riche Dictionnaire amoureux des monarchies de Jean des Cars font, bien sûr, la part belle à l’image des princes et princesses telle que le papier glacé des magazines people la renvoie. L’auteur sait l’attrait qu’exerce sur le lectorat français, acquis à l’idéal républicain, la vie des familles régnantes qui nous entourent, les Grimaldi, les Windsor, les Bourbons d’Espagne… Il connaît aussi la fascination que produit dans l’imaginaire collectif l’évocation du faste versaillais pendant le Grand Siècle ou du nom de la princesse Sissi, épouse de l’empereur François-Joseph d’Autriche, présente dans plusieurs entrées de l’ouvrage. Il n’est pas question non plus d’être objectif, ce serait passer à côté de l’exercice imposé : partager une passion, accompagnée de sa part irrationalité. C’est bien avec les yeux du passionné que Jean des Cars, mettant à contribution son érudition, ses recherches, ses rencontres, son vécu, nous parle des sceptres et des couronnes du monde. Mais il évite néanmoins – et c’est tout l’intérêt de ce travail – à propager une vision excessivement édulcorée, doucereuse, de systèmes politiques d’hier et d’aujourd’hui qui ne doivent pas cesser d’interroger sur leur légitimité et leur utilité.

Les monarchies

Le pluriel est amplement justifié. Le Dictionnaire illustre à merveille la diversité des monarchies mondiales jusqu’à consacrer son article d’ouverture à… la Ve République gaullienne, synthèse difficile entre l’autorité d’un individu (étymologiquement, la monoarchie) et la forme républicaine du gouvernement. Vingt-six monarchies étatiques existent encore à l’heure actuelle aux quatre coins de la planète. S’il est le plus souvent héréditaire, le monarque est parfois désigné par le suffrage de « grands électeurs », comme en Malaisie où il doit au choix des sultans son règne limité à cinq années (un véritable mandat). L’auto-proclamation fait plus rarement le roi, mais l’histoire étonnante de l’éphémère royaume du Monténégro en donne une illustration avec le roi Nicolas Ier. Il arrive enfin que le souverain soit tout simplement adoubé par le suffrage universel, à l’instar jadis d’un Napoléon III… ou du co-prince d’Andorre aujourd’hui, le Président de la République française !

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Nicolas Ier du Montenegro

Régime personnifié, la monarchie est tributaire de l’aura et de l’envergure du prince. À ce titre, des Cars rend un hommage appuyé à Juan Carlos. Malgré une fin de règne entachée de scandales, ce roi aura permi à l’Espagne de retrouver le chemin de la démocratie autour d’un nouveau consensus politique. Dans cette galerie de portraits, impossible de manquer la figure de Michel Ier, ex-roi de Roumanie, décédé en 2017, respecté de ses concitoyens en raison du refus de la soumission qu’il opposa aux nazis et aux communistes. Plus méconnu mais tout aussi captivant, le destin extraordinaire de Hussein de Jordanie est raconté par un des Cars enthousiaste et documenté. À côté des grands rois et des fort piètres – Robert le Pieux comme Charles X en furent sans doute… – se meuvent les figures hautes en couleur, attachantes et méconnues de Christine de Suède, cette souveraine altière et excentrique qui repose aujourd’hui dans une crypte du Vatican, du flamboyant Louis II de Bavière, bâtisseur, esthète, idéaliste, autarcique mais, on l’oublie, aimé du peuple ou de Zita, dernière impératrice d’Autriche-Hongrie et femme de caractère, que l’auteur a rencontrée au crépuscule de sa vie.

Princes et culture populaire

Bien sûr, les temps ont changé. Le XXe siècle a enterré bien des monarchies à travers le monde et l’exemple de la restauration espagnole reste bien l’exception confirmant la règle… Si elle quitte peu à peu l’univers de la politique réelle, la figure du prince n’en finit pas, en revanche, d’envahir la culture populaire. Le Dictionnaire amoureux propose ainsi un article à l’un des plus grands rois de la fiction enfantine : Babar, bien sûr ! L’ouvrage évoque quelques pages plus loin la très sérieuse série télévisée biographique The Crown, consacrée au règne d’Élisabeth II, saluée par la critique et plébiscitée par le public. La monarchie est aussi au cœur l’œuvre romanesque de Jean Raspail, monarchiste assumé (Sire ; Moi, Antoine de Tournens, roi de Patagonie), et a inspiré quelques réflexions historiques profondes à l’immense Stefan Zweig, témoin attristé de l’exil du couple impérial autrichien. Amateur d’art, des Cars aborde aussi le legs des grands peintres historiques dans la mémoire des nations : Jean-Paul Laurens bien sûr mais aussi le génial Franz Xaver Winterhalter à qui les familles princières du XIXe siècle doivent encore leur attrait. Il n’est pas jusqu’à l’irrévérencieux Canard Enchaîné de consacrer entre 1960 et 1969 une chronique (« La Cour ») aux faits et gestes du président de Gaulle et de sa suite…

Sissi par Winterhaulter
L’impératrice Élisabeth d’Autriche (dite Sissi) peinte en 1865 par Winterhalter

Au jeu des petites anecdotes, qui sait encore que la traditionnelle et bien nommée Foire du Trône trouve ses origines dans la France carolingienne et s’est progressivement institutionnalisée au Xe siècle, au cours du règne d’Hugues Capet, avant de prendre son nom actuel sous Louis XIV ? Qui se souvient enfin que la célèbre Dauphine du constructeur automobile Citroën doit son nom à une boutade : « La 4CV est reine, la nouvelle venue ne peut être que la dauphine ! »… Bien d’autres histoires insolites démontrent, selon l’auteur, que nous vivons encore avec l’héritage culturel de la monarchie et que son esprit continue d’irriguer les arts et la société.


Référence : Jean des Cars, Dictionnaire amoureux des Monarchies, Paris, Plon-Perrin, 2019, 446 pages.

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