Henri d’Orléans, comte de Paris (1933-2019) – Quelques éléments biographiques

Le chef de la Maison de France, Henri d’Orléans, s’est éteint le lundi 21 janvier 2019. Homme discret, il aura été un prince attentif à la situation du pays quoique moins volontariste que son père. Il a assumé avec sobriété le rôle de prétendant au trône vingt années durant.

Henri Philippe Pierre Marie d’Orléans était le deuxième enfant du comte de Paris Henri « VI » d’Orléans et d’Isabelle d’Orléans-Bragance. Il se plaisait à évoquer sa naissance « sur la terre de France », en référence à ces monceaux de sable volontairement placés sous chaque pied du lit, dans le manoir d’Anjou, près de Bruxelles… Le 14 juin 1933, à sa venue au monde, la famille royale française était en effet toujours frappée par la loi d’exil, votée en 1886 par la IIIe République. Il a passé son enfance au Maroc, en Espagne et au Portugal, au gré des pérégrinations de ses parents. En 1948, Henri a obtenu la permission de demeurer sur le territoire français pour effectuer ses études à Bordeaux. Une faveur sous conditions, accordée par autorisation spéciale du président de la République Vincent Auriol. Dès l’abolition de la loi d’exil en 1950, la famille d’Orléans a retrouvé définitivement la France. À Paris, la restauration monarchique n’était alors plus crainte mais la tradition dynastique s’est perpétuée chez ces descendants des rois Louis XIII et Louis-Philippe. Le 5 juillet 1957, Henri a épousé Marie-Thérèse de Wurtemberg et pris le titre de courtoisie de comte de Clermont. De ce mariage sont nés cinq enfants : Marie (née en 1959), François (1961-2017), Blanche (née en 1962), Jean (né en 1965) et Eudes (né en 1968).

« Prince du XXIe siècle, et par conséquent utilisateur régulier des nouvelles technologies, Henri a exprimé des années durant ses préoccupations politiques à travers son blog et son compte Twitter »

L’ombre du père

Le jeune Henri, sept ans, est devenu dauphin de France à la mort du duc de Guise à la fin de l’été 1940. La France vaincue par l’Allemagne nazie se déchirait entre la collaboration et la Résistance. L’heure était venue pour son père, nouvel héritier du trône, d’abattre ses premières cartes politiques. Henri « VI » se révéla d’emblée en prince actif, déterminé à construire ses réseaux, diffuser sa pensée, construire un projet pour la France et saisir opportunément sa chance. Et si le bouleversement des rapports de force en faveur de la France résistante qu’il avait fini par rejoindre ne lui a pas permis de concrétiser ses ambitions, le comte de Paris a continué de croire en ses chances dans les décennies qui suivirent la Libération. De retour au pouvoir en 1958, Charles de Gaulle lui confia quelques missions diplomatiques et alla jusqu’à lui faire miroiter un parrainage pour la première élection présidentielle au suffrage universel, celle de 1965. Finalement, l’illustre général devait décider de se présenter à nouveau ; Henri ne serait pas son successeur à la tête de la France… Il n’en poursuivit pas moins une vie publique active.

Mais le comte était soucieux de sa propre succession. Interviewé en 1979 par Jacques Chancel dans la célèbre émission Radioscopie (France Inter), il confia ses craintes sur la capacité de son fils aîné Henri de porter sur ses épaules la prétendance au trône de France. Leurs relations se dégradèrent d’ailleurs au fil des années, au point que le vieux comte, en 1987, désigna d’autorité son petit-fils Jean comme successeur. Ces querelles familiales laissèrent des traces d’autant plus profondes qu’une grande partie de l’héritage familial fut, dans le même temps, dilapidé. Henri « VI » mourut le 19 juin 1999, après avoir in fine réhabilité dans ses droits dynastiques son fils aîné.

Un héritier en retrait

henri vii d'orléans (3) - livre
Le dernier livre du comte de Paris, La Royauté de l’homme a paru en 2017

Devenu peu après son 66e anniversaire le nouveau comte de Paris, Henri « VII » d’Orléans est apparu comme un prétendant discret à ce trône délaissé depuis la révolution qui avait chassé son ancêtre Louis-Philippe en février 1848. Les temps changeaient : contrairement à Charles de Gaulle et à François Mitterrand – dont les correspondances avec le défunt comte de Paris furent riches – le président Jacques Chirac n’a pas conservé de liens privilégiés avec la Maison de France. Henri d’Orléans n’est pas resté inactif pour autant. Après une carrière dans l’armée puis dans le secteur bancaire, il s’était recentré sur ses devoirs d’héritier capétien dès 1981 en créant le Centre d’études et de recherche sur la France contemporaine, transformé en 1999 en lnstitut de la Maison Royale de France (IMRF). Prince du XXIe siècle, et par conséquent utilisateur régulier des nouvelles technologies, Henri a exprimé des années durant ses préoccupations politiques à travers son blog et son compte Twitter. Cet hiver 2018-2019, il a apporté à plusieurs reprises son soutien au mouvement des Gilets Jaunes, à travers une série de tweets remarqués.

Henri d’Orléans est resté malgré tout un communicant modéré et un prétendant trop peu exposé, au regret parfois de ses partisans. Il a choisi de mener une vie paisible, heureux de partager sa passion du dessin et de la peinture avec Micaëla, qu’il avait épousé en secondes noces en 1984. De loin en loin, Henri a pris la plume pour exprimer sa vision de la France moderne (Adresse au futur chef de l’État, La France survivra-t-elle à l’an 2000 ?, L’Histoire en héritage, Le Passeur de miroir…). Ses livres, cependant, ne lui ont jamais permis de défrayer la chronique ou de s’imposer dans le paysage politique. Pas davantage de faire réellement progresser l’idée royaliste dans notre pays. Les rares apparitions médiatiques du comte de Paris l’ont mené sur les plateaux d’émissions d’actualité ou de divertissement, chez Thierry Ardisson, Laurent Ruquier ou plus récemment dans l’éphémère émission Polonium animée par Natacha Polony, lors de la sortie de son ultime essai La Royauté de l’Homme (2017).

Henri est resté éloigné du grand public. Mais il s’est toujours déclaré à disposition des Français, tel un recours royal potentiel pour une vieille nation qui se délite.

Ce 21 janvier 2019, comme chaque année, le comte de Paris était attendu à la messe rendue en hommage au roi Louis XVI en l’église de Saint-Germain-L’Auxerrois de Paris… Ses partisans l’auront guetté en vain : Henri d’Orléans s’en allait paisiblement, entouré de ses proches, dans son appartement, rue Miromesnil. Il reposera bientôt aux côtés de ses ancêtres, dont le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie, dans la crypte de la chapelle royale de Dreux.

henri vii d'orléans (1) - portrait institutionnel
Portrait « institutionnel » d’Henri, comte de Paris et duc de France, proposé par le site la-couronne.org (2017) / Photo : Damien Meyer

 

 

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