Le bicentenaire de 1993, une histoire royaliste

Article réédité et complété, publié à l’origine le jeudi 21 janvier 2016 sur le site Vexilla Galliae par Frédéric de Natal.


Ce matin du 10 août 1792, plus de 200 nobles vont et viennent dans les couloirs du palais des Tuileries où vit désormais la famille royale de France depuis la désastreuse fuite de Varennes. L’épée à la main, ils ont juré de protéger le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, le dauphin Charles-Louis et la princesse Marie-Thérèse. 950 gardes suisses achèvent d’assurer leur sécurité avec les 2 000 gardes nationaux du marquis de La Fayette. De ces derniers, les royalistes se méfient. Certains éléments affichent trop ouvertement leurs sympathies républicaines. On y crie aussi bien « Vive le roi !» que « Vive la nation ! ». Louis XVI est debout depuis cinq heures du matin. Il inspecte ses troupes, la monarchie millénaire n’a plus que quelques heures à vivre. Paris va se soulever et prendre d’assaut le palais. La troupe retourne ses canons contre les gardes suisses qui sont presque tous massacrés par des sans-culottes enragés. La famille royale, qui a donné l’ordre de déposer les armes, se réfugie alors à l’assemblée qui prononce  immédiatement la « suspension » de la monarchie.

« Je vote la mort du roi ! »

Désormais emprisonné et séparé du reste de sa famille, Louis XVI de Bourbon va devoir subir l’humiliation d’un procès qui s’achève seize jours plus tard après la chute de la monarchie. Le 15 janvier, les 749 députés délibèrent et répondent à deux questions.  Si les députés votent majoritairement contre le principe de ratification par le peuple du jugement de la Convention nationale, ils votent en revanche en faveur de la culpabilité de « Louis Capet », jugé coupable de conspiration contre la liberté publique et atteinte à la sûreté générale de l’Etat. Georges Danton rugit sur l’estrade : « Il ne s’agit pas de le juger, mais de le tuer! ». « Le roi doit être jugé en ennemi… Nous avons moins à le juger qu’à le combattre… » surenchérit l’archange de la Révolution, Saint-Just !

bicentenaire-LXVI (3)Dans sa prison, Louis XVI qui lit la biographie de Charles Ier Stuart, ce roi d’Angleterre qui fut décapité par une autre révolution, apprend dans le calme que 361 députés ont décidé de l’envoyer vers l’échafaud. S’il est toujours  aussi difficile d’affirmer qu’il fut le dernier à voter, le duc d’Orléans, élu 24e député (d’extrême-gauche) de Paris et que tout le monde appelle Philippe Egalité, décidera de la mort de son cousin lors d’un vote qui se joue à une voix près. L’arrière-petit-fils du Régent, le duc d’Orléans, n’avait-il pas eu de cesse de s’opposer aux réformes tentées par le roi Louis XVI tout au long de son règne, lui que l’on disait rongé par une ambition royale ?

Initiée dans la loge franc-maçonne comme beaucoup de membres de la noblesse de l’époque (y compris des membres de la famille royale) et sans réellement y participer, Louis-Philippe d’Orléans n’en demeurera pas moins un de ses grand-maîtres. Lors des états généraux de 1789, il avait pris le parti du Tiers-état et, disgracié, le roi l’avait envoyé en mission à Londres. La rupture entre les deux cousins était désormais publique et leur réconciliation ne devait se faire que sous le couperet de la guillotine révolutionnaire, un jour d’avril 1793. « Il était le seul membre qui pût se récuser » aurait dit tristement Maximilien de Robespierre, futur maître de la Terreur.

La confession achevée et la bénédiction reçue ce 21 janvier, Louis XVI remet son testament à un des officiers municipaux présents.

Il fait froid, à peine 3° celsius. Le brouillard a envahi Paris. Sur la place de la révolution (actuelle Concorde), se dresse la machine du docteur Joseph Guillotin et dont le roi avait contribué à apporter quelques suggestions d’amélioration. Assisté de l’abbé Edgeworth, Louis XVI monte les quelques marches qui le séparent de la lame biseautée. Sur l’estrade, Louis s’adresse au peuple rassemblé autour de la guillotine et déclare : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France« . Les tambours qui s’étaient arrêtés de battre, reprennent soudainement, étouffant la voix du capétien. A 10h22, la planche sur laquelle le bourreau Sanson a placé le souverain bascule. La lunette de bois se referme, le regard de Louis se perd dans le vide. Le claquement du couperet, la tête du fils de saint Louis tombe dans le panier sans bruit. Quelques cris retentissent alors que le fils du bourreau, Henri Sanson brandit la tête du souverain comme un trophée. La République vient de naître dans le sang d’un parricide. Le canon tonne et dans la prison du Temple, la reine Marie-Antoinette, qui a perdu la blondeur de ses cheveux Habsbourg-Lorraine, se tourne vers son fils. S’inclinant devant le jeune duc de Normandie, elle salue en lui le nouveau roi Louis XVII sans larmes sur le visage, digne.  « Le roi est mort, vive le Roi ! » crie-t-on dans les cours des monarchies européennes coalisées contre la République française.  La guerre civile va bientôt éclater. Les Vendéens et les Chouans vont faire trembler la République, les colonies des Antilles ouvrent leurs ports aux britanniques par refus de la Révolution. La Convention nationale s’empressera de faire exécuter la reine Marie-Antoinette en octobre suivant puis de laisser mourir le jeune Louis XVII deux ans plus tard de tuberculose, laissant le « mythe évasionniste et survivantiste » se perpétuer à travers les générations.

« Ô mon peuple, que t’ai-je donc fait ? J’aimais la vertu, la justice ; Votre bonheur fut mon unique objet, Et vous me traînez au supplice… » chantait-on dans les rues de Paris en décembre 1792…

Bref état du monarchisme français à la veille du bicentenaire

La monarchie reviendra pourtant, perturbée par deux empires et trois autres révolutions avant que la République ne finisse par s’installer définitivement dans le paysage politique français en 1875. Divisés par une question dynastique depuis la mort du comte de Chambord, Henri V d’Artois (et petit-neveu de Louis XVI) en 1883, les monarchistes vont rester toutefois une force non négligeable, menaçant tout au long de la première moitié du XXe siècle, la IIIe république, notamment avec l’Action française.

Avec le renouveau monarchiste dans les années 1990, se pose alors la question d’honorer la mémoire du roi-martyr. L’Action française tient toujours haut le pavé du monarchisme, la figure du comte de Paris Henri (VI) d’Orléans a été auréolée d’une vie politique marquée par divers rendez-vous manqués avec l’histoire mais qui aura connu une certaine heure de gloire lors des festivités du millénaire capétien (1987). Le Légitimisme qui s’était mué dans le silence faute d’implication de ses prétendants plus prompts à vouloir occuper un trône à Madrid, vient de renaître sous les actions énergiques du duc de Cadix et prince Alphonse (II) de Bourbon (décédé accidentellement en 1989) et de l’Institut de la Maison de Bourbon. La France redécouvre sa maison de France. Et ses excentriques comme ses extrêmes, ses modérés comme ses rêveurs comme le rappelle à travers quelques lignes l’historien Philippe Delorme dans le magazine Point de Vue-Image du Monde : « Comme chaque année, depuis un siècle, l’association de l’œillet blanc organisait sa messe traditionnelle en Saint-Germain-l’Auxerrois, ancienne paroisse des rois de France. Des ‘camelots du roi’ revus et corrigés à badine de jonc, côtoyaient un chouan en costume de fête et les militants ‘gauchistes’ de la Nouvelle Action royaliste de Bertrand Renouvin ». Ce dernier membre du conseil économique et social incarne encore aujourd’hui le royaliste dont le mouvement, ayant fait ses preuves sur le terrain politique, n’a jamais été aussi proche de l’Elysée et des arcanes du pouvoir alors entre les mains du socialiste François Mitterrand (1981-1995).

Création et difficultés de l’Association pour le bicentenaire de la mort de Louis XVI

Le 20 novembre 1990, l’Association pour le bicentenaire de la mort de Louis XVI est fondée. Se voulant résolument apolitique (elle précise qu’elle « ne saurait donc être regardée comme une machine de guerre contre la République ») et historico-culturelle (afin « de susciter toute étude historique et tout dîner-débat avec des historiens prestigieux, se rapportant à son objet »), entendant rendre justice et honneur à Louis XVI le 21 janvier 1993, victime d’un crime inexpiable

Le débat devient rapidement national. La mairie de Paris est sondée. L’écrivain Jean Raspail, membre d’un comité éclectique où se mêle le très légitimiste acteur Jacques Dufilho qui s’apprêtait à incarner à l’écran un maréchal Pétain plus vrai que nature (et qui a contraint le grand rabbin de Paris, Alain Goldmann, à se tenir à l’écart du comité en dépit du soutien affiché de la baronne Elie de Rothschild qui avait déclaré: « Il faut réhabiliter Louis XVI », en souvenir d’un souverain qui avait reconnu aux juifs un statut de nationalité comme il avait été le premier à abroger toute une série de loi favorisant l’esclavage dans le royaume), le général Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle, Henri Tisot ou encore l’académicien d’origine juive Maurice Rheims, reçoit une fin de non-recevoir de la part de Jacques Chirac. La préfecture s’y oppose aussi craignant des manifestations incontrôlées (celles de Jeanne d’Arc lui ayant laissé un mauvais souvenir en 1991) comme Monseigneur Lustiger qui refuse la moindre messe à Notre-Dame-de-Paris. Et l’écrivain Geneviève Dormann de traiter publiquement le prélat de… « gland ». Dans la lettre adressée au comité, la préfecture justifiera d’ailleurs son refus ainsi : « Le caractère sauvegardé du site de la place de la Concorde entraînant une posi­tion de principe constante de refus d’autorisation… ». Étrange attitude d’un haut-fonctionnaire de la République qui avait pourtant quelques semaines auparavant autorisé sur le même lieu, une manifestation organisée par SOS Racisme. Une deuxième tentative par Jean Raspail ne sera pas non plus couronnée de succès et le préfet invitant le comité à aller manifester autre part.

« Avec le renouveau monarchiste dans les années 1990, se pose alors la question d’honorer la mémoire du roi-martyr »

Il n’est pas chose aisée pour le comité d’organiser ce bicentenaire que certains craignent de voir transformé en une manifestation mi-politique, mi-mondaine. Le sénateur du Rhône, Emmanuel Hamel, interpellera même le gouvernement le 14 janvier 1993, afin de savoir comment la République, « afin de servir l’union nationale et de renforcer la réconciliation des Français allait rendre hommage à la mémoire du roi de France, victime de la violence révolutionnaire » (Journal officiel, question 24373). Le service de presse du Ministre de la Culture Jack Lang répondra laconiquement mais sèchement que l’on avait déjà fêté « ensemble le bicentenaire de la Révolution ».

Et pourtant, manifestation prévue il y aura. Par la force des choses, la mairie avait fini par accepter par lassitude que la commémoration tant attendue ait lieu.

5 000 royalistes envahissent la place de la Concorde

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Une foule de 5 000 personnes investit la Place de la Concorde le 21 janvier 1993

Ce 21 janvier 1993, c’est près de 60 messes qui seront célébrées dans le pays en mémoire du roi-martyr (à Lyon, Rennes, Nancy, Marseille, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Montpellier, Béziers, Lille, Toulon, Mulhouse, Angoulême, Limoges, Nîmes ou Valence). Même Bruxelles et Varsovie feront sonner les cloches de leurs cathédrales respectives pour l’occasion. Par vague entière, les monarchistes, toutes générations représentées qui avaient envahi par milliers la place de la Concorde, rejoignent désormais leurs prétendants respectifs après la lecture du testament du roi par l’acteur Jean-Pierre Darras, chahuté par les bruits de la circulation. Parmi la foule : le journaliste Thierry Ardisson qui affiche une mine grave et qui a déclaré dans une interview : « Le jour où on a décapité Louis XVI, ce n’est pas Louis XVI qu’on a décapité ! C’est la France », les écrivains Jean Raspail et Gonzague Saint-Bris, des politiques comme le futur ex-frontiste Brunot Mégret, l’ambassadeur des Etats-Unis Walter Curey qui dépose une gerbe sur le lieu de l’exécution de Louis XVI et qui déclare «  Louis XVI, nous voilà ! »…

La police, qui n’avaient pas prévu une telle affluence (plus de 5 000 personnes), tente de canaliser cette foule tout en maintenant la circulation automobile alors que retentit le Requiem de Cherubini joué à travers de fortes « sonos ». Les forces de l’ordre sont crispées et croient devoir utile de disperser les royalistes qui se pressent pour signer un livre d’or que le comité avait prévu  afin de pouvoir le déposer aux archives nationales par la suite.

La famille de France, réunie mais divisée prie pour le repos de Louis XVI

Pour le millier de partisans du duc d’Anjou présents pour cette occasion, Louis (XX)- Alphonse de Bourbon, âgé alors de dix-neuf ans, c’est dans la Basilique de Saint-Denis, vers midi, que l’on va se recueillir. Le jeune prince est accueilli par le cardinal Gagnon, venu spécialement de Rome et Monseigneur Guy Deroubaix. Il est entouré de sa grand-mère Emmanuelle de Dampierre, duchesse de Ségovie et de son oncle, Gonzalve de Bourbon, duc d’Aquitaine. Il marche d’un pas lent vers le siège qui lui est réservé. Parmi l’assistance, des membres de la famille de Bourbon, des Bourbon-Busset aux Parmes, le dernier empereur du Vietnam Bao Dai et son épouse, le duc de Bauffremont-Courtenay. La basilique a été ornée de draperies aux armes de France, un catafalque d’un drap violet fleurdelysé  et un doux parfum de lys a embaumé la nécropole des rois qui résonne de chants grégoriens. Une cérémonie royale qui se terminera par le recueillement du duc d’Anjou dans la crypte abritant les restes des Bourbons. Un succès relayé par Le Monde qui n’hésite pas à écrire que « dans le comité, les légitimistes avaient pris le dessus ». Il est vrai que Jean Raspail se tenait fièrement près du prince Louis de Bourbon tout à ses prières.

« La grande famille des royalistes est rassemblée dans ce qui va être la dernière importante manifestation monarchiste de ce siècle. Rassemblée mais toujours autant divisée […]. Les orléanistes fustigent ces néo-légitimistes et leur ultra-montanisme qui en retour accusent les premiers de n’être que des libéraux franc-maçons entachés du sang du roi par le vote du duc d’Orléans »

Autant de personnes se sont rassemblées autour du comte de Paris à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois qui, de mémoire de royalistes, n’a jamais été aussi surpeuplée. Toute la famille d’Orléans est réunie, du comte de Clermont Henri d’Orléans à son fils cadet Jean d’Angoulême, accueillie par Mgr Jean-Charles Thomas, Évêque de Versailles. Ici, on s’est vêtu de noir, couleur de deuil. Les grands noms de la noblesse française se sont réunis autour du prétendant, descendants du dernier roi des Français, Louis-Philippe Ier. On y voit le duc et la duchesse de Praslin, la duchesse de Noailles venue à Paris pour assister aux commémorations, les de Gramonts, les de Rohan etc. 3000 personnes sont ici pour saluer l’entrée du prince qui s’étale sur un trajet de 30 mètres. Les drapeaux claquent au vent, on crie aussi « Vive le roi ! ». Les premières mesures du Requiem composé par Bertrand Gilles à l’occasion des funérailles du Roi-Soleil retentissent. On a déposé sur chaque banc, chaque chaise une copie du testament de Louis XVI : « Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet ; et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu’à ceux qui par un faux zèle ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal [il s’agit ici des émigrés- NDLR]. Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi ; de les soutenir par sa grâce, s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable. » Durant toute la messe, le comte de Clermont s’agenouille à diverses reprises, joignant ses deux mains, priant de concert avec ses parents.  Une journée de réconciliation qui réjouit leurs partisans, échaudés par tant de procès inutiles entre le père et le fils.

La grande famille des royalistes est rassemblée dans ce qui va être la dernière importante manifestation monarchiste de ce siècle. Rassemblée mais toujours autant divisée. Et si quelques anciens députés monarchistes (élus de 1986 à 1988 sous les couleurs du Front national) se font discrets au milieu des nostalgiques, chaque camp regarde son adversaire en chien de faïence et se critique allègrement. Les orléanistes fustigent ces néo-légitimistes et leur ultra-montanisme qui en retour accusent les premiers de n’être que des libéraux franc-maçons entachés du sang du roi par le vote du duc d’Orléans. Les Parme tentent de se faire entendre. Depuis que le prince Alphonse de Bourbon a refusé de soutenir la candidature de Jean-Marie Le Pen, Marcel Chéreil de la Rivière s’est trouvé un nouveau candidat en la personne du prince Sixte-Henri qui n’est autre également que le régent de la communauté traditionaliste carliste, une minorité de légitimistes espagnols qui contestent tous droits à Juan-Carlos de Bourbon d’occuper le trône d’Espagne.

Un prince, dont les partisans brandissent un drapeau aux armes du Sacré-Cœur,  qui ira prier à la chapelle expiatoire. Il déclare voir dans ce bicentenaire « un renouveau des valeurs monarchiques […] le baptême d’une nouvelle cause royale […], une manifestation de l’avenir », ravit que la presse lui prête de l’attention.

Dans cette cacophonie dynastique, les regards de la presse s’attardent sur les petits médaillons représentants le visage de Louis XVII accrochés au cou de ces dames ou sur des pin’s, objets alors en vogue dans l’Hexagone. Ici on croit que le petit dauphin mort mystérieusement le 8 juin 1795 a survécu et que ses descendants, les Naundorff, en sont les héritiers directs. L’Institut Louis XVII distribue d’ailleurs ses fascicules où l’on peut y trouver des comparaisons faciales entre l’actuel « prince » Naundorff et ses ancêtres. Une énigme auquel l’historien Philippe Delorme mettra fin et qui trouvera sa conclusion finale en 2004.

Chaque prince y va de sa propre déclaration. A commencer par l’aîné théorique des Bourbons, le comte Jacques de Bourbon-Busset « L’exécution de Louis XVI a été une faute qui a divisé la France. La politique est l’art de naviguer entre le changement et la continuité. Ici on a interrompu la continuité !». Le comte de Paris, tout dans sa distinction naturelle, noblesse française oblige,  appelle quant à lui  les royalistes « à laisser de côté les querelles, les rancunes, pour n’exprimer que nos sentiments émus envers le roi qui assuma avec dignité et grandeur la peine de mort que les passions révolutionnaires lui infligèrent ». Même Charles-Louis de Naundorff, à la sortie de Saint-Nicolas du Chardonnet, entouré de quelques providentialistes (persuadés que le seigneur pourvoira au trône) ne peut s’empêcher de manifester sa joie d’être présent à un tel événement par des paroles empreintes de justesse : «  Il y a eu aujourd’hui un signe de Dieu. Nos églises étaient remplies de fidèles. En ce jour solennel les monarchistes doivent être unis, oublier les querelles et prétentions de chacun ».

On évoque le massacre des innocents sous les chants religieux et le rite latin. Les prétendants sortent, on crie des slogans en faveurs de la monarchie, on s’arrache les journaux comme Le Légitimiste, Royaliste de la Nouvelle action royaliste ou L’Action française. Ce 21 janvier, la France est monarchiste. Même le journal communiste L’Humanité reconnaîtra dans une manchette que « 200 ans après la décapitation de Louis XVI, la fleur de Lys tenait le haut du pavé. Des milliers de personnes (Scouts de France en short de cuir, jeunes filles en socquettes blanches, légitimistes à moustaches, orléanistes glabres, nostalgiques de l’Ancien Régime, gens de droite de tout poil) s’étaient rassemblés avec sono tonitruante, discours affligés et Requiem de Cherubini ».

Des heurts ont néanmoins éclaté en marge de la cérémonie. Sur le toit du Panthéon, quelques royalistes sont montés agitant des drapeaux fleurdelysés, des partisans de l’association des Vigilants de Saint-Just ont entamé par bravade La Marseillaise et érigé une guillotine. « Ce jour-là, les vrais républicains, en petit nombre, n’ont pas été moins ardents qu’à l’ordinaire » achève d’écrire l’organe du Parti communiste. Il y a là Antenne 2, TF1, et la presse écrite comme L’Express ou Paris Match qui va illustrer sa première page avec une peinture du procès Louis XVI. Dans le métro, le comité a loué des panneaux publicitaires, qui affichent le testament du roi. Des colloques à la Sorbonne, au Sénat, au palais de justice, sont programmés. Le sujet passionne. La France, le temps d’une journée, a retrouvé sa dynastie royale.

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La nuit tombe progressivement, on dépose encore bouquets et gerbes de fleurs. Les Français ont tranché dans un sondage publié par Le Pèlerin magazine en date du 15 janvier. 48% d’entre eux ont considéré que l’exécution du roi fut une erreur, 20% restent persuadés que la monarchie a encore un avenir en France. Un chiffre qui n’a d’ailleurs pas bougé depuis 1993 comme s’il avait décidé par une main inconnue ancrée sur une touche de clavier d’ordinateur que ce serait le numéraire officiel à afficher telle une sainte parabole.

2093, verra-t-on un tricentenaire commémoré pour la mort de Louis XVI ?

Y’aura-t-il en 2093 encore des royalistes pour célébrer le tricentenaire de la mort de Louis XVI ? Quel sera l’état de la France à ce moment-là ? Lequel des deux prétendants, de Jean (IV) d’Orléans ou  Louis (XX)-Alphonse  de Bourbon aura alors remporté la palme des cœurs chez les royalistes ? Bien mal serait celui qui pourrait prophétiser l’avenir du royalisme à ce stade des événements récents.

« La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Ce qu’il manque à la France, c’est un roi » affirmait alors un ministre de l’Economie en 2015, aujourd’hui devenu président de la République, Emmanuel Macron.

Enfermé dans des canons anachroniques, « une minorité dans la minorité » phagocyte allègrement, dans une certaine lecture approximative et rigoriste de l’histoire et empêchant dès qu’elle le peut, tout débat et toute évolution de la Légitimité vers une synthèse moderne et traditionaliste de son concept ; synthèse pourtant à la fois réclamée par une nouvelle génération de « blancs » que par le duc d’Anjou lui-même à travers ses discours. Un  prince qui semble aujourd’hui excédé par les agissements de certaines personnes prétendant parler en son nom ou se faisant les porte-parole d’un monarchisme ultra –catholique qu’il récuse et dont sa mère, future duchesse de Franco, s’est fait récemment l’écho dans la presse, « laquelle de son côté ne se prive pas de critiquer ses relations avec les légitimistes français ». Ainsi sur la chaîne KTO en décembre 2016, l’écrivain Thierry Ardisson avait lui-même averti le prince, qui est le parrain d’un de ses enfants, « de ne pas se laisser  s’entourer par trop de gens très à droite […] et d’incarner ce que la monarchie a d’arbitral et non pas ce qu’elle peut avoir de partisan »,  confirmant ainsi les rumeurs de petits cercles privés qui laissaient entendre que le prince souhaitait se distancier d’une coterie éloignée des réalités du XXIe siècle et de l’avenir qu’il entrevoit pour la France.

« Des royalistes nostalgiques ? Associations du souvenir en tout genre, on voue un culte extrême au comte de Chambord, perpétuel fantôme hantant les rangs de l’Union des cercles légitimistes de France comme on cultive celui de Maurras à l’Action française »

Sans militantisme, sans mouvements représentatifs, une dynamique brisée, une presse moribonde quand elle n’est pas sectaire, le légitimisme est encore dirigé par  ce « vieil (mais respectable) Institut de la Maison de Bourbon » (IMB)  selon l’écrivain et ancien membre actif de l’Institut du duc d’Anjou (tentative d’indépendance avouée du prince Louis de Bourbon vis-à-vis de l’IMB), Daniel de Montplaisir dans son dernier ouvrage. Une organisation dont le site semble figé dans les archives de l’histoire, qui n’attire plus que quelques vieilles têtes grises, et se révélant incapable de maîtriser les pseudos autoproclamés sites officiels ou pages Facebook qui se réclament du prince quand il ne joue pas sur son nom à des fins purement commerciales. En témoigne la désastreuse communication autour de la venue du prince le 20 janvier dernier. Un Louis de Bourbon étrangement absent pour la première fois  des commémorations en hommage Louis XVI (à peine deux visites en France en 2017), laisserait à penser que la Légitimité se retrouve désormais et de manière aussi surprenante qu’inattendue dans la même position de « princesse endormie qu’elle a occupé un siècle auparavant » et qui se cherche encore. « Louis de Bourbon ne prétend pas car il est ! » Et c’est justement ce que ses soutiens se posent comme question. Où «est » donc le chef de la maison de Bourbon qui s’est récemment réconcilié avec la branche cadette occupant un trône qu’Alphonse XIII a enlevé aux membres de sa famille ?

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Trois générations de la famille d’Orléans (au moment du Bicentenaire en 1993)

Le décès du prince François d’Orléans, le jour du réveillon du nouvel an, a marqué cette fin d’année 2017. Entre tristesse et soulagement, c’est le second sentiment qui a prévalu chez les partisans du comte de Paris, Henri (VII) d’Orléans, prétendant au trône depuis la mort de son père en 1999. Réintégré dans l’ordre de succession en 2003 par le comte de Paris, alors qu’il en avait été écarté lors du Millénaire capétien en raison de son handicap mental, il était rapidement apparu des tensions entre le comte de Paris et le duc de Vendôme comme chez leurs partisans respectifs. Entre respect du droit d’aînesse et partisans des décisions de feu le comte de Paris qui plaçait Jean d’Orléans en première place de l’ordre de succession, le décès du prince François a finalement décidé du destin du prince Jean et réglé de facto la dispute familiale qui aurait pu profiter à court terme aux légitimistes. Exit la «régence » en attente, l’avènement de Jean de France s’accompagnera indubitablement d’un vaste « coup de balai » parmi les protagonistes de cette affaire et renverra certaines personnes aux titres de noblesse fallacieux directement dans leurs appartements. Un « Games of Throne  courtisan » qui fait le jeu de L’Action française (AF) et de la Nouvelle action royaliste (NAR), toutes deux « plus vendômoises que parisiennes ». Jean d’Orléans  est attendu plus que jamais par ses partisans.

Des princes politiques ? Tous le réclame d’un côté comme de l’autre ! Quelques livres ci et là qui affirment des ersatz de programmes, le monarchisme français manque pourtant cruellement de voix capables de rassembler un camp ou un autre, les deux en même temps sous une seule bannière. Quelques tentatives d’alliances avec des petits partis  sulfureux ont achevé de décrédibiliser ce qui reste de l’Alliance royale, officiellement le seul parti politique représentatif du monarchisme français d’après les médias. A la grande irritation de l’AF et de la NAR qui la juge aussi caricaturale que son équipe dirigeante a multiplié les déclarations controversées, condamnées unanimement par les royalistes eux-mêmes comme cela a réjouis les partisans de la République qui s’en sont gaussés à travers les réseaux sociaux.

Des royalistes nostalgiques ? Associations du souvenir en tout genre, on voue un culte extrême au comte de Chambord, perpétuel fantôme hantant les rangs de l’Union des cercles légitimistes de France comme on cultive celui de Maurras à l’Action française. On prie à genoux chez les uns dans une forme d’extase (pas question de rater la messe du dimanche), pages jaunies de l’histoire que l’on arrose d’un « henriquinquinisme », entre deux complots (que l’on croit assurément franc-maçons) dans ce jardin terne d’une Légitimité qu’ils entendent représenter tel un graal qui ne dit pas son nom. Comme on agite les fumigènes chez les seconds, expression moderne d’une jeunesse royaliste en révolte contre la « gueuse », dans les manifestations à succès organisées par le mouvement maurassien. L’AF, quant à elle et qui se veut école de pensée, ne cesse de faire l’actualité à tout va dans des médias qui croient déceler son influence à tout niveau et qui continue d’attirer une certaine jeunesse en manque d’actions viriles.

A chacun son drapeau d’ailleurs. Parmi les légitimistes, on arbore soit le « blanc immaculé conception » qui aura eu une existence de 15 ans (1815-1830) soit des drapeaux fleudeysés qui n’ont jamais existé autrement que dans les fantasmes des personnes qui les brandissent. Et si jamais, certains osent venir avec le tricolore national, les voilà brocardés immédiatement de tous les noms d’oiseaux possible et accusés de trahison. Ce, au mépris de l’histoire capétienne qui avait pourtant fait du rouge et bleu des couleurs officielles de la monarchie. Ici, on y voit un vil symbole révolutionnaire et orléaniste (alors que le prince Louis de Bourbon n’a jamais remis en cause ce drapeau sous lequel il a effectué une toute petite partie de son service militaire)  qui aura tout de même coûté au comte de Chambord, Henri V, par une certaine intransigeance, son trône entre 1870 et 1873. Chez les partisans du comte de Paris, la lucidité se veut plus proche de la réalité. Drapeau révolutionnaire certes mais drapeau français avant tout, drapeau d’une patrie à défendre et que des millions de français ont défendu durant les deux guerres mondiales, peu importe ses tendances dynastiques ! Dont acte, chaque camp continue de s’écharper allègrement sur les réseaux sociaux dans un débat qui n’affecte en rien la politique française et qui ne réponds aucunement aux attentes des français laissant présager un tricentenaire plus qu’incertain.

Mais au fait dans ce schmilblick monarchique …Et vous ? 225 ans après, sachant comme l’écrit Jules Michelet « que l’on avait en 1793, nulle pièce décisive contre le roi » pensez-vous qu’il fallait ou non exécuter Louis XVI ?

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2 commentaires sur “Le bicentenaire de 1993, une histoire royaliste

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  1. Merci pour ce travelling de deux siècles sur l’effondrement de la monarchie capétienne. A mon avis c’est le concept gouverné par les LFDRF qui de lui-même s’est darwinisé.

    L’état des lieux actuel est difficile à cerner. Les organes de propagande s’éteignent ou dérivent vers un souverainisme obtus et brandissent des valeurs sociales figées, ce qui brouille l’axe d’aucun paradigme nouveau. En fait, aucune idée neuve n’a surgi dans la roycosphère.

    Cet étrécissement économique et social prend à contre-pied la vocation de rassemblement de la monarchie. Il n’y aura jamais de roi en France pour un petite minorité de fidèles. Le régalien et le sociétal ne font jamais bon ménage.

    En passant, j’ai vu que le site VG avait supprimé la fonction « commentaires » que de toute façon il validait avec trop de retard. Est-ce le prochain mort ?

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